CPCT-Paris : Quel décalage, quelle subversion, cette question du « savoir de l’enfant » pourrait-elle venir introduire dans le discours des adultes qui s’occupent d’enfants aujourd’hui (parents, enseignants, éducateurs, professionnels du médico-social, etc.) ?

Alexandre Stevens : Que savent les enfants ? Et s’ils n’en savaient tout compte fait pas moins que nous, adultes ? 

Il arrive que face à une situation de perte grave, aucune explication ne soit donnée à un enfant parce qu’il ne serait pas en état de comprendre. Ainsi, un père dit à ses enfants que leur mère est partie en voyage pour longtemps, parce qu’il veut les protéger de l’annonce de son décès. « Ils ne pourraient pas comprendre à leur âge ce qu’est la mort, » avance-t-il. C’est vrai, mais quel adulte peut comprendre ce que c’est, la mort ? Il y a des mots à dire, un réel à permettre de traiter par une nomination. Le savoir, ça se construit au bord du réel, « sur le chemin qui nous mène au réel » comme le dit Lacan que cite très justement Lilia Mahjoub dans l’argument pour la journée du CPCT-Paris.

Les enfants sont dans le chemin des apprentissages et ils ont moins d’expérience, comme on dit, que les adultes. Mais si les apprentissages et l’expérience sont des valeurs reconnues, celles-ci peuvent aussi bien servir à voiler le réel en jeu. Ils ont un savoir de l’inconscient, tout comme les adultes, parce que, aussi jeunes soient-ils, ils ont déjà une histoire. Et le savoir qui se constitue ainsi fait bord pour un réel qui tient à la frappe du signifiant sur leur corps.